Isabelle Lefever, c’est la positivité incarnée. L’artiste montreuilloise parle beaucoup et rit toujours. Découvrez son portrait haut en couleur…

Fille de parents photographes, Isabelle Lefever perpétue la tradition et effectue deux années à l’école Saint-Luc en photographie. Elle réussit ensuite le concours d’entrée à l’école de la Cambre à Bruxelles avec… un collage sur le pouvoir !

Un chemin hors du commun

Finalement, Isabelle arrête en cours d’année et s’oriente vers le métier de préparatrice en pharmacie. C’est à l’officine de la Grand Place de Montreuil-sur-mer qu’elle exerce encore aujourd’hui. « J’aime le contact avec les clients », livre-t-elle.

Ce serait mal connaître Isabelle que d’imaginer que son emploi ne lui permet pas d’exprimer sa fibre artistique! En effet, à la pharmacie, c’est elle qui met en scène les vitrines thématisées.

C’est comme un collage en 3D en fait… Je faisais aussi la vitrine du Westminster hôtel, il fallait faire preuve d’imagination puisque je devais la changer tous les 3 mois.

Isabelle Lefever, artiste

Cela fait maintenant 8 ans qu’Isabelle se voue à son art. « J’ai fait une exposition en galerie avec Jean-Marc Edouard et également mis en dépôt vente des séries dans des magasins comme Créa’ture à Montreuil. Dernièrement, j’ai eu la chance d’exposer pour solid’art à Lille… » L’artiste devait se produire à la maison du tourisme et du patrimoine de Montreuil, mais en raison du confinement elle a dû annuler cette programmation. Sa prochaine exposition aura lieu au printemps, à la bibliothèque de Boulogne-sur-mer : « Ce sera ma première exposition en solo. »

La naissance d’une passion

À vrai dire je n’ai pas toujours su que je ferais du collage, mais je savais que je devais faire quelque chose… J’avais gardé de côté les magazines de photographie de mon père, car je me disais qu’un jour je les utiliserai… Je me suis nourrie de ça.

Isabelle Lefever, artiste

Pour les 50 ans de sa mère, elle lui fait un collage pour s’amuser. « Ça a toujours été là en fait, mais le déclic s’est vraiment produit quand je suis allée voir une exposition de Anna Hoch au musée des beaux-arts de Calais »

Le soir même, Isabelle s’enferme dans une pièce, se met à même le sol et commence à découper. « C’était parti ! Au début mes collages ressemblaient à une grosse brocante, plus il y en avait plus j’étais contente ! »

Une ode à la féminité

Isabelle s’est mise à épurer son travail, et maintenant elle enchaîne les séries et s’impose des contraintes techniques comme la couleur et le noir et blanc. « J’ai fait la série des 7 éléments, des femmes et des drames… Je reviens d’ailleurs souvent à des anciens thèmes que j’avais déjà traités »

Énigmatique, envoûtant, sensuel; Voilà comment son public aime décrire son travail, « Il n’est pas évident de poser les mots pour décrire ses créations, les autres en parlent sûrement mieux que moi »

Mon thème de prédilection ce sont les femmes ; ce que je fais résonne en moi et me colle à la peau

Isabelle Lefever, artiste

Lorsqu’on flâne à côté des œuvres d’Isabelle, on entre dans un dépaysement temporel, vers l’époque des 30 glorieuses. On s’amuse d’un décalage surréaliste, des oppositions, des associations hétéroclites, du jeu de perspective, du mélange entre le moderne et l’ancien… On s’étonne et on rit. L’image de la femme y est stéréotypée et elle se reflète dans notre vie contemporaine.

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De l’inspiration à la technique

Isabelle Lefever travaille de manière artisanale et ça lui tient à cœur. Tout d’abord, elle chine les magazines en brocante. « Beaucoup de clients de la pharmacie m’en déposent aussi maintenant », explique-t-elle. « Je pioche souvent ce qui m’intéresse dans les magazines des années 50/60, surtout des Paris Match. Mais je me mets de plus en plus à l’actuel. »

L’été, elle se pose dans son jardin à la Madelaine-sous-Montreuil. Elle arrache les pages qui l’intéressent, puis, comme tout le travail d’Isabelle a trait à la féminité, elle découpe tout avec des ciseaux… à ongle !

« Je ne sais jamais ce que je veux faire à l’avance, je découpe et je réserve pour plus tard. Découper c’est minutieux, c’est un moment où je ne réfléchis plus, c’est mécanique. »

L’étape que l’artiste préfère est le moment de l’assemblage : « C’est comme une naissance, il y a quelque chose de magique. Je le photographie et ensuite je prends du recul, je ne colle pas vite ». Ce rapport à la photographie, Isabelle ne peut pas le nier : « La photo garde en mémoire… Et s’il fait du vent et que ça s’envole, c’est plus pratique », lance-t-elle joyeusement.

L’artiste et le confinement

« Ce qui interfère sur mes créations c’est l’hiver et l’été. L’été je n’ai pas l’esprit focalisé sur mes collages, je suis plus productive l’hiver. » Comme Isabelle continue de travailler, elle ne vit pas un confinement à proprement parler.

Quand elle rentre chez elle, ses collages sont une bouffée de liberté dans cette période trouble.


« C’est ma petite bulle à moi…Ce n’est pas naturel de créer, c’est une quête permanente, parfois on n’a pas du tout d’inspiration et deux jours après tout marche bien… En ce moment j’ai plein d’idées, tout se débloque, du coup j’en profite ! « 

Isabelle Lefever

L’artiste, optimiste et enjouée, se pare toujours de son plus beau sourire. « Créer, ça m’aide énormément à casser ce petit côté anxiogène qui est quand même quelque part enfoui en moi », avoue-t-elle. Isabelle fait un lien inconscient avec le sujet actuel de ses œuvres et le confinement que nous vivons.

« Dans mes deux derniers collages, il y a des oiseaux. Je me dis que j’ai un besoin instinctif de liberté, c’est vraiment remarquable car je n’en avais jamais mis avant. Créer, c’est nécessaire en ce moment. Les oiseaux, c’est le signe qu’on a tous besoin de s’envoler. »

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